L’enceinte feutrée du Tarmac des Auteurs à Kinshasa vibrait, les 14 et 15 février 2025, au rythme d’une génération de danseurs congolais décidés à réinventer leur art. « Bouger pour Changer », initiative portée par la compagnie Likit’Arts Kongo et l’Ochula Center de Goma, n’était pas un simple atelier : c’était un manifeste chorégraphique, un souffle nouveau sur la scène culturelle congolaise.
Tout a commencé en décembre 2024, lorsque l’Initiative Construire Ensemble, soutenue par l’Ambassade de France en RDC, a lancé son appel à candidatures. Sur les réseaux sociaux, Likit’Arts Kongo a soumis « Bouger pour Changer » : un programme de renforcement des compétences mêlant danse, théâtre et entrepreneuriat culturel. Sélectionné parmi des dizaines de dossiers, le projet a reçu un financement de 10 000 € le 18 décembre 2024, marquant le point de départ d’une aventure ambitieuse.
Entré en phase active le 1er janvier 2025, « Bouger pour Changer » a d’abord invité chorégraphes et danseurs à soumettre leurs créations en cours. Critères : un projet déjà amorcé, un engagement en faveur des droits humains et une volonté de questionner le genre via la danse. Du 8 au 9 janvier, le jury — composé notamment du metteur en scène Christian Mualu Muela, du chorégraphe Jackson Lohanga et de Fabrice Mukala — a auditionné les candidats et présenté la liste finale des participants.
Du 13 au 28 janvier, cinq porteurs de projets ont suivi un cycle intensif de formation : technique corporelle, dramaturgie, business plan culturel ; autant d’ateliers conçus pour donner à chacun les clés d’une création autonome et viable. Puis, du 6 au 12 février, la résidence au cœur de Kinshasa a offert un espace de recherche et de mise en commun, où la diversité des styles — contemporain, traditionnel, fusion — a enrichi le dialogue artistique.
Cinq spectacles, cinq univers pour raconter la société congolaise
La restitution publique à REDAKIN (Rencontre des Danseurs de Kinshasa) a révélé le fruit de ces semaines de travail :
- « Kodia » d’Erick Boyeka, fable tribale questionnant les liens entre rites ancestraux et modernité.
- « Corps Objet » de Bonanza Bolomba, exploration poignante de la corporalité et de l’aliénation dans la ville.
- « Maisha » de Pathi Paluku, poème dansé sur la résilience féminine face aux fractures sociales.
- « Lengot » de Msaa Indrix, ode non linéaire à la jeunesse congolaise en quête d’identité.
- « Molo Molo » d’Yves Ipra, appel vibrant à avancer « sans se reposer sur la facilité » et à bâtir son destin avec force et espoir.
Chaque création, tour à tour minimaliste ou foisonnante, a trouvé son écho chez un public curieux, ému et galvanisé par la puissance expressive des danseurs. À l’issue de la soirée, cinq brevets ont été remis, symbole d’une nouvelle génération prête à porter haut le flambeau de la chorégraphie congolaise.
Un bilan à la hauteur des ambitions
« Les objectifs du programme ont été atteints », se réjouit Ritha Mangindula, coordinatrice de l’initiative. En dénichant des talents dont les projets étaient déjà réalisés à 40–50 %, « nous avons vu ces jeunes chorégraphes prendre leur envol ». Plus qu’un simple coup de projecteur, « Bouger pour Changer » se veut une rampe de lancement : non seulement pour produire des spectacles plus élaborés, mais pour ancrer durablement la danse comme moteur de développement culturel et économique.
Perspectives et héritage
Au-delà de Kinshasa, l’ambition est claire : rayonner sur l’ensemble de l’Afrique centrale et redessiner la place de la jeunesse dans la société congolaise. Les organisateurs annoncent déjà une prochaine édition centrée sur la mise en lumière des femmes chorégraphes de la capitale. En attendant, les traces de « Bouger pour Changer » résonnent encore dans les coursives du Tarmac, preuve vivante qu’un mouvement collectif peut transformer non seulement la scène, mais aussi les cœurs et les esprits.
